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Exposition du 14 mai au 11 juin 2026, “Dystopie sauvage” est à découvrir à l’Orangerie, au Parc de la Tête d’Or à Lyon

Exposition avec Suan Muller, Charlotte Goffette, Fantine Lacroix, Jeanne Held, Mélanie Planche et Alan Croissantdu 16/04/2026 au 11/05/2026.


Nos interactions avec la nature à la fois d’un point de vue scientifique et industriel, mais également dans notre rapport spirituel, perceptuel et génétique sont au coeur de cette exposition à l’Orangerie, lieu de préservation des plantes au sein du parc. La relation qui unit l’être humain à la nature est double. Tout en en faisant partie, l’humain cherche à s’en émanciper, celle-ci devient alors sauvage et doit être mise sous son contrôle. Qui est véritablement sauvage dans cette histoire, s’agit-il de la nature ou de l’homme ? Est sauvage ce qui est spontané, qui se développe sans contrôle et défie un ordre contre lequel il se définit. La rencontre inévitable avec le sauvage, qu’il procède d’une forme ou d’une action, permet de questionner l’ordre que nous participons à établir. Un système économique et industriel débridé qui donne à penser la nature comme une ressource à posséder à des fins utilitaires. Dans une société urbanisée, les interactions avec la nature sont pauvres et peu nombreuses et, en dépit d’une certaine prise de conscience de son importance, celles-ci se présentent souvent comme un divertissement supplémentaire. Le rapprochement voulu reste illusoire. Aujourd’hui il y a un manque en termes de profondeur et de diversité dans nos expériences avec l’environnement. Dystopie sauvage est un récit fictionnel autour de la notion de sauvage qui permet de réinventer et enrichir, avec les oeuvres, cette expérience dystopique de nos liens et relations avec la nature.


Suan Muller, Mélanie Planche et Jeanne Held investiront l’aile nord avec une recherche autour d’expériences profondes et anciennes avec la nature. Dans les peintures de sa série Chroniques de la terre plate (2023-2024) Suan Muller nous montre les folklores oubliés qui deviennent des « reliques d’une enfance perdue » nous reconnectant à « l’élan mystique d’une pensée primitive »1. Il nous propose de remonter dans le temps pour rédecouvrir nos premieres experiences d’homo sapiens comme un retour au sauvage. Ces gestes primitifs se retrouvent également dans les huit dessins pastels de Mélanie Planche qui évoquent cette sensation primaire des couleurs et des lumières, un spectre d’émotions qu’elle traduit à travers ses formes abstraites. Le rapport immédiat à la matière fait partie de sa technique, elle trace, frotte, écrase et mélange le pastel en écho aux peintures pariétales. Pour Mélanie « l’image rejoue l’expérience, la mémoire, les perceptions »2. De ce geste se manifeste son rapport entre la nature et le vivant qui est dirigé pour elle par nos manières d’observer notre environnement, comme si on faisait une chasse à l’image. Faisant face aux peintures désenchantées de Suan, les dessins à la craie de Jeanne Held révèlent son intérêt quasi archéologique à la naissance et l’atemporalité de notre sol, un terrain que l’on parcourt depuis des milliers d’années et dans lequel la nature conserve nos traces. Les dessins de la série La naissance des fossiles (2025) renverse la chronologie, questionnant notre rapport au temps dans une société en accélération. Dans ses recherches sur l’altérité profonde de nos relations avec la nature animale et minérale, Jeanne propose un série de sculptures-dessins de fossiles L’Audeure Asside Des Murs Sovajes (2023) réalisés sur blocs de béton.


L’espace central de l’Orangerie réunit la création des six artistes et propose aux visiteurs d’analyser ensemble les différents langages de la nature et nos interactions avec elle. Contrairement à l’aile nord, dans l’espace centrale nous aborderons l’actualité de notre cohabitation avec la nature au sein des espaces urbains et nos réflexions sur nos futurs possibles avec celle-là. Dans son travail sur l’urbanisme, Fantine Lacroix s’intéresse à notre place dans l’espace public et aux moyens de se la réapproprier. Avec ses photographies, textes et maquettes, Fantine manifeste l’importance de la rencontre entre l’humain et la ville, notamment le regard que l’on porte sur notre environnement quotidien. Avec sa série de photos prise dans les banlieues de Bangkok (2024) l’artiste nous invite à suivre sa quête urbaine. La forte délimitation entre l’architecture bétonnée et la végétation sauvage crée la sensation d’un trouble, d’une confrontation dont l’issue est incertaine. Sur les photos, ces jungles en béton prennent des formes désorganisées et même chaotiques, les câbles électriques s’entremêlent, les grattes ciels grimpent les uns sur les autres, écho au désordre organique de sa contrepartie naturelle. Dans la suite de ses réflexions sur l’urbain-naturel, Fantine Lacroix cherche à redéfinir la notion traditionnelle de paysage. Dans sa série de dessins (production en cours), nous observons effectivement l’envahissement du paysage aérien et terrestre. Le ciel zébré de câbles, les bâtiments dont les fissures et lézardes laissent apparaître la végétation font ressortir un nouveau paysage quotidien, où naturel et artificiel coexistent en harmonie. Plusieurs maquettes architecturales de l’artiste viendront habiter l’espace du centre. Alan Croissant propose de recontextualiser des objets de production de masse, les boîtes d’oeufs, et de les transformer en constructions architecturales au sein desquelles les visiteurs seront invités à circuler. Au sein de l’installation Sentinelles (2024), trois tours composées de dizaines de packs d’oeufs empilés, se cachent des coquilles d’oeufs vides peintes en rouge et cerclées par des serre-câbles (Garde-fous (2024)). Ces architectures sont des abris pour les coquilles fragiles, mais aussi des espaces concentrationnaires réunissant sous les mêmes signes le consommé et le consommateur. La série des mobiles de Langue captive (2025) est réalisée à partir de ces objets d’agréments que l’on trouve dans les boutiques balnéaires, figurant un dauphin sautant dans un cerceau. Eros autant que logos, la langue en céramique qui remplace l’animal se retrouve prisonnière d’un système qui borne sa liberté au nom du spectacle. L’humain lui-même se trouve dans une position d’instabilité et de basculement éternel au sein de cette industrie de production de masse. Charlotte Goffette propose d’aborder le rapport entre le naturel et l’humain avec une approche plus scientifique. Les questionnements météorologiques, notamment les recherches sur la couche extérieure de notre planète appelée l’océan aérien, se trouvent au sein de sa pratique. Pour cette exposition, le projet de Charlotte sera une dizaine de cerfs-volants de différentes formes (production en cours), afin d’étudier la circulation du vent. La gravure de Suan Muller réalisée sur tetrapak Bien après les jours et les saisons (2022-2024), représentant un dessin préhistorique de veau mourant, sera accrochée au-dessus de l’ancien robinet de l’Orangerie en surmontant l’inscription « eau non potable ». Un autre cycle de gravure sur cuivre explore les matrices comme des topologies de la destruction et de la création alchimique. Nous retrouvons l’alchimie dans le travail de Jeanne Held qui propose un dessin à grande échelle Les foreuses de pierre (2023), ainsi que des dessins à l’encre sur plexiglas découpé en forme de roches (There is a crack (2021)). Réalisée par Mélanie Planche, la série de dessins Images nuit (2025) représente des éléments de nature nocturne dans l’espace urbain. Ils sont le fruit de plusieurs mises à distance de cette « nature » par différents artifices (éclairage urbain, reflets, photographie numérique, impressions, etc.). Cette série questionne la portée d’un dessin et le rapport direct à sa matérialité.


Dans Dystopie sauvage, le sauvage désigne un espace de résistance et de contradictions. L’Orangerie du parc de la Tête d’Or deviendra le terrain idéal pour réfléchir aux liens que nous avons avec la nature depuis le début de notre histoire.


Vernissage le 16 mai de 17h à 21h30.


Ouverture tous les jours de 10h à 19h. Entrée libre.



Orangerie du Parc de la Tête d’or
All. de Ceinture
69006 Lyon

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